Le projet

Un article de conclusion et de perspective ‘After the elections’ est en train d’être rédigé par certains membres du projet et sera publié d’ici début 2017. En attendant, toute l’équipe vous souhaite bonne navigation sur le blog où se trouvent des articles sur les coulisses des élections primaires (groupe BACKSTAGE), la médiatisation des candidats (groupe IN MEDIA WE TRUST) et leur présence dans les réseaux sociaux ou encore le rôle de la fictiondans la mise en scène des candidats (groupe POLFICTION). Nous analysons, par exemple, les discours des candidats, la notion du ‘mur’ dans les interventions de Donald Trump ou encore la circulation des mèmes des candidats, tout en regardant la couverture faite par les décodeurs de LeMonde.fr, les profils Twitter des candidats, la FanFiction et la serie TV House of Cards

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Une recherche commune et trois groupes de recherche sur les primaires américaines: Backstage, In Media we Trust et Polfiction: Once upon a time in America est un projet collectif d’une dizaine d’étudiants du Master 2 Médias, Langages et Sociétés (Institut Français de Presse), dans le cadre du cours ‘Analyse des discours et des textes médiatiques’ (enseignante: K. Niemeyer).

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Le but est de décortiquer les dessous des élections primaires américaines qui ont lieux en ce moment de l’autre côté de l’Atlantique. Ces élections ont une résonance médiatique importante en France, principalement à travers la figure de certains candidats déjà emblématiques tel que le sulfureux Donald Trump, mais beaucoup d’éléments semblent nous échapper tant le système politico-médiatique américain représente un spécimen à part. Afin de mieux comprendre notre ambition, un préambule ainsi qu’une mise en contexte apparaissent alors nécessaires.

Les électeurs américains sont actuellement en train de choisir la personnalité qui les représentera aux élections présidentielles de quelques mois, dans le camp républicain et dans le camp démocrate. Les candidats encore en lice sont Hillary Clinton et Bernie Sanders pour le camp républicain et Donald Trump, Ted Cruz, Marco Rubio et John Kasich. Depuis le mois de février, les citoyens de chaque état, à commencer par l’Iowa, votent au cours de caucus ou de primaires.

Lors des primaires, les électeurs votent directement, sans débat préalable, comme lors d’un scrutin classique. C’est le système le plus répandu, dans une quarantaine d’Etats.

Les caucus sont des réunions de militants locaux, organisées simultanément au sein d’un Etat – 1784 réunions se tiennent ainsi dans l’Iowa. Ne peuvent y participer que les militants de chaque parti, et ceux qui s’y affilient à l’entrée.

De plus, afin de financer leurs campagnes, dans lesquelles les candidats n’hésitent pas à investir des millions afin de proposer de véritables campagnes spectacles, ceux-ci peuvent utiliser des PAC ou super PAC (political action commitees). C’est en 2010, qu’un arrêt de la Cour suprême conduit à la création de PAC d’un nouveau type, déplafonné. Ce Super PAC est un comité politique qui a pour principal but d’influencer les élections et qui peut prendre des donations illimitées de sociétés, de syndicats ou de riches individus, à condition que l’argent soit dépensé indépendamment de la campagne du candidat.

Une fois chaque représentant de parti élu, les électeurs américains voteront au mois de novembre pour leur futur Président des Etats-Unis, et celui-ci entrera en fonction en janvier 2017, pour un mandat de 4 ans.

Les primaires sont ponctuées de débats très animés entre les candidats, de spots de campagnes pour le bien de sa propre campagne mais aussi contre le candidat concurrent ; ce sont les negative ads. Les candidats ne cessent de tenter de défendre leur idées par des discours, des meeting, mais aussi à travers les réseaux sociaux et les médias. On constate en effet une médiatisation très forte de cette événement, alors que la plupart des médias américains font leurs gros titres sur les élections, les médias français également proposent des rubriques « spéciales élections américaines ». Cette omniprésence médiatique ainsi que l’enjeu social présent dans cette échéance politique, nous a amené à nous intéresser aux élections américaines et plus précisément aux campagnes des candidats ainsi qu’à leurs discours. L’étude de la médiatisation sera également essentielle et de par cette forte présence médiatique, on peut alors constater un glissement de la politique du côté de la fiction, du détournement parfois et de l’humour.

L’étude des élections et la vaste production médiatique autour de ces dernières a été organisée en trois pôle de recherches : Backstage, In Media we Trust et Polfiction, trois étapes et modalités de médiation, qui, loin de s’opposer, forment un continuum:

« ligne imaginaire tirée entre la réalité et la fiction [qui] permet une infinité de possibilités, un spectre de formats, plutôt qu’un simple antagonisme entre le vrai et le faux »[1].

Nos questionnements, nos différents corpus s’interrogent et se répondent, se mélangent dans notre consommation médiatique, sans que leur processus de médiatisation n’apparaissent dichotomique : il n’y aurait pas d’un côté une campagne légitime et juste, et de l’autre une production médiatique désordonnée, arbitraire ou dénuée de sens. Alors que les processus informationnels tendent à rejoindre ceux du divertissement et que l’infotainment gagne sûrement en légitimité, l’agenda médiatico-politique s’hybride, et les frontières entre les différents acteurs du débat deviennent plus poreuses, perdant par là-même de leur pertinence. Si l’on parle d’écran global, c’est-à-dire l’omniprésence des écrans dans les foyers et la société[2], aussi faut-il parler de média global où se rencontrent différents genres de contenus de manière cohérente et sans que ces derniers ne soient en compétition : un même medium peut alors proposer des clips de campagnes suivis de leurs caricatures sans dis-continuum, car ils se répondent et s’influencent mutuellement. Un dialogue s’instaure alors entre les différentes instances discursives publiques. Alors, Donald Trump  n’est pas moins vrai dans les Simpsons qu’il ne l’est sur Twitter, il est autre, et son discours prend parfois plus de sens dans un espace discursif fictionnel

Backstage est au « temps zéro » de la campagne, celui du coulisse, celui de la construction des personnages médiatiques en amont de leur médiatisation. Les Etats-Unis sont le théâtre de longues campagnes présidentielles, et les candidats, afin de ne pas s’essouffler, se voient contraints de renouveler régulièrement leurs outils de campagne, d’alimenter les médias de nouveaux clips, de nouveaux discours, de nouvelles images, sans quoi, ils passeraient des mois avant l’élection à la trappe… Déjà, leurs discours témoignent d’une personnalisation du débat en ce qu’ils se différencient sur les thématiques abordés. Ces clips de campagne constituent alors déjà en soi en mise en représentation d’eux-mêmes aux publics électeurs.

In Media we Trust, librement inspiré de la devise américaine in God  we Trust, s’intéresse tout naturellement à la médiatisation des candidats à l’élection présidentielle, plaçant les médias tels qu’ils le sont dans le débat public : un objet de croyance en quel nous avons foi. Si un bon média sait se faire oublier, il faut garder à l’esprit qu’il est un medium, c’est-à-dire un moyen au centre de la médiation : il n’est donc pas neutre et ne rend pas compte de la réalité tel qu’elle est. Il la façonne, en éclaire une partie, en laisse une autre dans l’ombre, la raconte tel qu’il l’appréhende, la présente, ou plutôt, la représente. Conscients de ce biais inhérent aux médias, et consciencieux d’en faire un avantage, ces derniers sont au centre des stratégies politiques des candidats. Alors, ils se créent une identité numérique, tentent d’infléchir le débat public dans leur sens, et un bras de fer s’engage entre les candidats et les médias : s’ils ont chacun les uns besoins des autres pour exister, ils gardent un agenda différent.

Enfin, Polfiction se concentre sur la production de contenus fictionnels en lien avec les candidats de l’élection américaine. Personnages publics surmédiatisés au discours affirmé et  répété et (re)connus, ils sont l’objet de fiction en ce qu’ils sont reconnaissables d’un regard. Alors, la fiction permet de dire ce que l’informationnel ne serait susurrer : c’est pour de faux. Et pourtant, ce faux ne l’est pas tant que ça, car il suit et commente l’actualité médiatico-politique,  il la copie pour dire autrement, il s’y intéresse car elle une ressource inépuisable de contenus, de paroles en contenu, d’actions ininterrompues. Et dans cette société du spectacle, rien ne vaut une bonne pièce de théâtre.

Notre laboratoire ainsi constitué des trois groupes de réflexion nous permet alors d’aborder l’objet médiatique dans son acception la plus large. On comprend que celui-ci est pris dans un dispositif tentaculaire et polyphonique et ne saurait exister par lui-même a priori puisqu’il est le résultat d’héritages multiples, qu’ils soient historiques, culturels, économiques, sociaux, technologiques. En outre il intervient invariablement dans cette double dynamique d’héritage-transmission.

Il convient de revenir sur la notion de variabilité, car notre processus scientifique ainsi déployé ne saurait être authentique si nous ne reconnaissions pas justement une variable essentielle, et puisque les matériaux mêmes que nous interrogeons dans nos recherches y sont soumis de toutes parts : l’interprétation. En effet le groupe Backstage se concentre sur une matrice brute, discours, spots de campagnes, matrice retravaillée et réajustée ensuite par des instances médiatiques dont les productions sont analysées par le groupe In media we trust. Le groupe Polfiction hérite d’un produit raffiné, une mise en fiction des matériaux bruts et médiatisés des deux précédents groupes.

De ce fait, une compréhension originale et pertinente d’un sujet d’étude ne peut se faire que dans un souci d’ouverture d’esprit à toutes les ramifications qui lui sont inhérentes. C’est par ce va-et-vient entre les trois groupes, et plus généralement entre ces trois « états » (matériau brut, remédiatisé, raffiné) qu’un sujet prend tout son sens, de la même manière que les objets qui le composent.

Le trait d’union entre ces trois états est l’interprétation. A chaque étape de création puis de transformation, par exemple du discours d’un candidat annonçant sa candidature, à sa reprise dans les médias puis dans un champ fictionnel, chaque instance de production a interprété. Chaque instance a prêté un sens particulier à une même situation donnée, et suivant ses motivations propres. Plus encore, dans l’agencement que nous avons nous-mêmes choisi, dans notre réception personnelle des objets médiatiques nous interprétons. Umberto Eco nous a donné une clef rare pour appréhender l’objet médiatique, avec cette idée que celui qui le reçoit en co-construit le sens. Ainsi l’évolution dont témoigne nos trois groupes est une illustration de notre environnement cognitif, personnel et partagé, et les recherches que l’on dessine et qui se dessinent sous nos yeux en sont le fruit. Une phrase d’un grand scientifique pourrait résumer en quelques mots ces paragraphes, elle est de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme ». Ainsi, rien ne se perd, rien ne se créé, tout s’interprète. En s’autorisant des incursions dans des territoires médiatiques vastes et en reconnaissant l’interprétation dont nous sommes tributaires, en tant que chercheurs mais avant tout en tant qu’humains, en créant des ponts entre nous, nous tentons de comprendre la nature et les enjeux qui peuvent plus généralement traverser un sujet d’étude, et en notre cas présent les élections présidentielles américaines en 2016.

[1]VILLIARD Audrey, La naissance du « faux-documentaire » comme prémisse à la mort du « genre » ; la fin d’une dichotomie. Mémoire : communication, université du Québec à Montréal, 2009, [en ligne] : http://www.archipel.uqam.ca/1993/1/M10823.pdf

[2]Gilles BOENISCH, « Gilles Lipovetsky, Jean Serroy, L’écran global : culture-médias et cinéma à l’âge hypermoderne. Paris, Éd. Le Seuil, coll. La couleur des idées, 2007, 361 p. », Questions de communication [En ligne], N° 14, 2008, mis en ligne le 19 janvier 2012 : http://questionsdecommunication.revues.org/1395

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